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Section de l'Essonne

Conférence du Professeur Tristan Lecoq - Vendredi 26 octobre 2018
Espace Tabarly, Paray-Vieille-Poste
Pour célébrer l'armistice de 1918, le Comité Seine et Orge de la SMLH avait invité le 26 octobre, le professeur Tristan Lecoq, considéré comme l'un des meilleurs experts en matière d'opérations maritimes. Le thème choisi ce soir-là « La Grande Guerre sur la mer, la Marine et les marins en guerre », permettait d'illustrer le combat assez peu connu du grand public qui s'est livré sur les mers durant quatre années et qui s'est prolongé à l'Est de l'Europe du fait de la situation nouvelle créée en Russie...
Tristan Lecoq, Inspecteur général de l'Education nationale et Professeur de universités associé à l'université de Paris-Sorbonne dans le domaine de l'histoire contemporaine, a évoqué avec une grande maestria cette période de l'histoire. Outre son enseignement dans le cadre d'un master sur la France et sa défense, Tristan Lecoq anime également un séminaire sur l'opérationnel maritime et a publié de nombreux travaux sur ces questions.
C'est aussi en sa qualité d'ancien Capitaine de Vaisseau qu'il présenta à son auditoire captivé les événements de la Grande Guerre sur mer, en s'appuyant sur une centaine de diapositives d'une rare qualité, illustrant chacune un aspect de la guerre maritime. Types de vaisseaux, matériels, équipages, programmes de construction, évolution des techniques, chaîne de commandement, événements militaires-clés, rencontres diplomatiques, stratégies maritimes et état des forces en présence, tout fut passé en revue : en particulier la guerre sous-marine du fait de l'action meurtrière des redoutables U-Boote allemands visant à desserrer le blocus maritime imposé par les Alliés, la capacité productive des Etats-Unis en matière de construction navale, la course aux technologies les plus avancées, la compétition entre puissances maritimes combattantes, furent les faits les plus saillants avec la tentative des Dardanelles au printemps 1915, pour soutenir les armées du Tsar.
Avec un souci pédagogique et un goût de la précision historique, Tristan Lecoq commenta chacun des matériaux utilisés et sélectionnés avec le plus grand soin (cartes postales, photos, articles de presse, cartes d'État-major, mouvements des équipages ), et diffusa également pour la première fois un film qu'il a réalisé à partir d'archives inédites (après une soixantaine d'heures de visionnage !) et détenues par l'ECPAD (l'Etablissement de Communication et de Production Audiovisuelle de la Défense, sis au fort d'Ivry-sur-Seine).
La France et l'Angleterre s'étaient plutôt bien préparées au conflit. A la première, la maîtrise de la Méditerranée, à la seconde l'Atlantique et la Manche ! La Grande Bretagne avec son dreadnought donna, dès 1906, une impulsion nouvelle à la course aux armements avec son principal adversaire, l'Allemagne. Les bateaux français permirent essentiellement le transport des troupes d'Afrique du Nord jusqu'aux lieux du conflit, mais la Marine nationale ne fut pas associée aux grandes batailles navales comme celle de Jutland le 31 mai 1916. Les inscrits maritimes et les fusiliers marins, deux innovations majeures, virent le jour à cette époque. Le tournant le plus important de la guerre en mer fut l'établissement par Churchill du blocus maritime (un aspect de la guerre totale) qui affama les Allemands (des centaines de milliers de morts, notamment d'enfants en bas âge). L'opération des Dardanelles au printemps 1915 imaginée également par Churchill en 1916 et destinée à soutenir le Tsar Nicolas II enfoncé sur son flanc ouest, se révéla un fiasco, du fait de la résistance des Turcs particulièrement entraînés par l'Allemagne et d'une relative impréparation des troupes alliées qui causa la perte de grands navires et la mort de milliers d'hommes.
L'entrée en guerre des Etats-Unis en avril 1917 dont la marine marchande et militaire joua un rôle majeur sur les mers dès cette époque, changea la donne militaire. Les Américains grâce à leur force militaire et leur capacité de production, parvinrent à faire face aux attaques sous-marines allemandes, et à leurs redoutables U-Boote (au nombre de 75 en 1915), dont l'un coula le Lusitania en mai 1915 et fit 1198 morts. La réaction américaine visant à riposter et à assurer la sécurité des bâtiments par des convois d'escorteurs et de destroyers se révéla payante.
Après la guerre, la France fut la seule à rester aux côtés des Russes blancs luttant contre les Bolchéviques, mais les marins, issus pour la plupart du monde ouvrier et las de quatre années de guerre, comprenaient mal le sens de cet engagement et provoquèrent des mutineries que le commandement militaire français réprima avec des peines relativement sévères et amnistiées en 1922. De cette grande guerre maritime, on retiendra le rôle déterminant des sous-marins et la nécessité impérative pour les puissances de disposer de cuirassiers pour assurer la sécurité de ses bases et de ses communications.
Comité SMLH Seine et Orge/ 2 -11 - 2018. Paul Carriot


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