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Section de l'Essonne

Photographie du dernier reportage des figures

MC : comment a débuté l'attaque de Diên Biên Phù par les combattants vietminh ?
Aimé Trocmé : début mars 54 on sait que les divisions vietminh sont disposées tout autour de nous, il ne nous est plus possible de sortir, nous apprendrons bien plus tard que près de 60 000 hommes nous encerclent. Le Bataillon reste sur sa position entre la rivière Nam-Youn et la piste d'aviation. Lorsque la météo le permet, les avions se succèdent pour ravitailler la garnison. Le 13 mars, nous recevons l'ordre de rester dans les abris : une attaque du vietminh est imminente. A 17 heures un déluge d'obus s'abat sur nous. Il dure toute la nuit. Après ce bombardement sans interruption sans pouvoir bouger, ni dormir, une trêve est décrétée au lever du jour. Nous évacuons nos blessés et nous ramenons les morts. On découvre que les légionnaires de la 13° Demi-brigade de Légion Etrangère ont été massacrés sur le point d'appui Béatrice en cette première nuit de bombardement ils ont eu près de 350 morts. Il n'y a pas de béton pour la protection, les abris sont réalisés en branche et en terre, ils protègent des éclats mais pas des tirs directs. Le sol est jonché d'obus non explosés. Comme j'ai faim, je pars me ravitailler et je découvre un sac d'alcool de riz, j'en profite, j'en abuse et je me mets à ramasser les obus non explosés. Eméché mais fier, digne et surtout inconscient, avec mes obus sous les bras je rentre dans un abri à la rencontre de mes camarades. C'est en voyant leur visage se décomposer sur place et passer par toute les couleurs que je comprends instantanément la situation et je sors avec précaution déposer mes obus à distance.
MC : l'attaque de Diên Biên Phù qui a débuté le 13 mars 1954, il y a 60 ans va durer 53 jours. Quels sont vos souvenirs ?
Aimé Trocmé : l'atmosphère poussiéreuse ocre jaune et rouge laisse la place à la boue de la saison des pluies. Je me souviens du lieutenant Leblanc, parachuté trois jours auparavant, qui observe à la jumelle, debout, à découvert devant moi. Il est immédiatement repéré et tué d'une balle dans la tête. J'ai dû récupérer ses papiers et sa bague puis j'ai trainé son corps dans la boue sur une centaine de mètre sous une pluie d'obus jusqu'au service de l'intendance. Notre bataillon en position centrale près de la piste d'atterrissage a pour mission de renforcer les compagnies qui ont perdu trop d'hommes. Nous passons notre temps à rejoindre les points d'appui, à combattre avec l'unité à soutenir puis à revenir près de la piste avant de rejoindre un nouvel objectif avant qu'il ne cède. A l'aller nous perdons des hommes, sur place c'est la même chose et souvent au retour nous avons aussi des pertes. Les bombardements sont incessants. Le sol est jonché de parachutes qui ne sont plus ramassés. Il n'y a plus de nuit, plus de jour, on grignote et on s'assoupit quand on peut, je n'ai aucun souvenir de repas ou de repos. La vie de la garnison est désorganisée.


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